Avec 27 millions d’utilisateurs inscrits, Grindr est sûrement l’une des applications de rencontre les plus téléchargées.

En presque 10 ans, l’application a radicalement bouleversé la communauté LGBT, changeant à tout jamais nos façons de draguer mais tuant aussi petit à petit des quartiers gays partout dans le monde.

Actif ou passif ?

C’est probablement la question la plus posée chez les gays. Une question intime, que l’on oserait jamais poser lors d’un premier face à face… et pourtant c’est comme ça que ca se passe sur Grindr ou sur n’importe quelle autre appli de rencontres gay. Une façon directe de « draguer » que beaucoup d’hétérosexuels envient et que certaines nouvelles applis, comme Tinder, essaient d’émuler, de façon plus soft.

Quelques chercheurs se sont ainsi penchés sur l’impact de ce genre d’applications sur les relations gay. Ainsi, Kristian Møller, doctorant à l’IT University de Copenhague, au Danemark, a été parmi les premiers à lancer une études sur les utilisateurs de Grindr en 2017.

 » J’ai appris que la plupart sont là simplement pour du sexe, rien de surprenant, mais ce qui est intéressant c’est de voir comment les couples libres et non-monogame ont négocié leur liberté sexuelle autour de l’application et de leur façon de s’en servir« .

 

Le social avant le sexe ?

Bien que la plupart des applications de rencontres gays fonctionnent sur un système de grille et de géolocalisation, certaines développent aujourd’hui une partie réseau social, comme pour « réhumaniser » les rencontres en ligne. Le réseau social Blued, première application de rencontre gay en Chine, en est le parfait exemple. Ressemblant sur de nombreux aspects à Facebook, l’application mélange géolocalisation, partage de photos et page perso, invitant les utilisateurs à se faire avant tout des amis. L’américain Hornet, numéro 2 après Grindr, tente aussi depuis l’année dernière une éditorialisation de son contenu. Très populaire en France, l’entreprise a embauché 2 personnes afin d’amorcer cette stratégie et de faire de l’application un média social. En plus d’organiser des évènements « IRL », l’application permet faire l’écho d’une actualité LGBT aujourd’hui quasi-inexistante en France mais surtout auprès d’un plus large public. Adrien Naselli, rédacteur en chef du magazine Têtu, émettait d’ailleurs quelques doutes à ce sujet dans les colonnes de Numérama :  » Je pense que lorsque tu es une appli, qui reste quand même là pour le sexe, tu risques de manquer de crédibilité pour t’imposer comme une marque média ». Des propos confirmés par une étude statistique publiée en 2015 dans la revue scientifique JMIR Public Health & Surveillance (l’une des seule à ce jour). Un groupe de chercheurs s’est en effet penché sur les habitudes des utilisateurs de ces apps de rencontre et les résultats sont évidents mais parfois surprenants. Ainsi l’on apprend que 38% d’entre-eux utilisent ces apps pour du sexe tandis que 18% s’en servent « pour tuer le temps ». On dénombre aussi 25% d’utilisateurs déjà en couple et 60% d’entre-eux ne cherchent pas de date ou de rencontres amicales. L’étude nous apprends également que les partenaires sexuels rencontrés via des apps ne sont finalement pas si nombreux, puisqu’en moyenne un utilisateur rencontre 4 partenaires sur une période de 6 mois.

Et si on appuyait sur delete ?

Reste à se demander ce qu’il se passerait si l’on effaçait tout et si on repartait comme au bon vieux temps. À ce jour, aucune étude ne se penche sur les possibles effets d’une « digital detox gay » mais certains ont déjà essayé, et là aussi, on y découvre des témoignages surprenants, notamment sur Reddit.  » J’en ai assez de chercher que du sexe et je me suis très bien débrouillé pendant des années en rencontrant des mecs face à face… Je vais donc supprimer Grindr et toutes les applis pendant 90 jours… Cela fait déjà une semaine et je reconnais que c’était difficile les 2-3 premiers jours de ne pas y aller, mais je commence à m’habituer maintenant » témoigne un abonné du subreddit Gaybros. Dans un autre sujet posé, un utilisateur déclare même que « supprimer toutes les applications de rencontre a grandement amélioré ma santé mentale, même si je me sent un peu seul aujourd’hui« . Sur Medium.com, Philip Markle, un artiste et professeur new-yorkais, écrit une tribune où il annonce « en avoir fini avec les apps de dating gay« . Pour lui, « tout ca ne vaut pas l’intensité d’un vrai échange physique, sexuel ou social, lors d’une conversation dans un bar ou un club ou même lorsque vous repérez quelqu’un sur la piste de danse« . On sait aujourd’hui que les réseaux sociaux peuvent nuire à la santé mentale, surtout lorsqu’un utilisateur dispose de plusieurs comptes sur plusieurs plateformes. L’étude publiée en 2015 par William Goedel et Dustin Duncan révèle qu’un utilisateur de Grindr ouvre l’application au moins 8 fois par jour et qu’il dispose surtout en moyenne d’au moins 3 profils sur les applications de rencontre gay… Il est peut-être temps de se déconnecter ? gif-nene-leakes