L’artiste et designer anglais Judy Blame s’est éteint lundi.

 

Figure du mouvement punk et queer en Angleterre, Judy Blame était parti de rien avant d’atteindre le statut d’icône dans le milieu artistique anglais. Né sous le nom de Chris Barnes à la fin des années 50 (il n’a jamais donné sa date de naissance) dans la campagne du Surrey, il grandit en Espagne avant de s’enfuir à Londres à 17 ans.

 

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Judy Blame (au centre) dans les années 80 à Tokyo – © www.instagram.com/judyblame

Nous sommes à l’aube des années 80, Madonna n’est pas encore sortie de l’ombre et l’Angleterre s’apprête à connaître d’importants bouleversements sociaux. Chris Barnes débarque dans la capitale et se fait rapidement connaître dans tous les clubs anglais. Il rencontre alors le créateur Antony Price qui lui donnera le surnom de Judy. Il y accolera ensuite le Blame, suggéré par Scarlett Cannon, une amie coiffeuse. Ensemble ils lanceront les soirées « Cha-Cha » au Heaven, mythique club gay à Londres qui a vu passer les plus grands.

Avec un style punk bien affirmé, il fréquente Boy George ou encore Leigh Bowery, avec lesquels il contribua a définir les looks les plus iconiques des années 80. Styliste à côté de son job la nuit, il sera source d’inspiration et d’influence des magazines The Face et i-D à leurs lancements.

 

« Je me rappelle quand il faisait l’entrée des soirées Cha-Cha dans une petite allée avec Scarlett Cannon et Michael Hardy : il était enveloppé dans une chemise en mousseline signée David Holah. Cette chemise était si unie qu’il a eu l’idée de se faire des colliers géants avec des détritus trouvés dans les rues afin de faire croire que sa tenue était différente chaque semaine. »
L’écrivain Iaim R Webb à propos de Judy Blame

 

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Accessoires créés par Judy Blame pour le défilé Moschino Automne-Hiver 2017

C’est ainsi qu’il est devenu le roi du DIY et fonde au milieu des années 80 le collectif « The House of Beauty and Culture » avec John Moor et Christopher Nemeth. Ses créations faites mains à partir de matériaux réutilisés ou trouvés dans la rue font parler d’elles et seront portées par Duran Duran ou encore Bjork dont il était le styliste.

Il collabora également en tant que designer ou styliste avec John Galliano, Christopher Shannon, Louis Vuitton et Rei Kawabuko.

On lui doit également le mouvement buffalo, à savoir ce style à la fois punk et western, unique à Londres dans les années 90. L’artiste a en effet puisé l’essence de ce style dans les magazines de mode indépendants pour en faire une vraie tendance, des écrans sur MTV jusque dans les rues.

Judy Blame en couverture du magazine i-D en 1986 – © iD archives

 

« Dans beaucoup d’aspects, Blame n’était pas comme les gens de la mode. C’était un inventeur, un idéologue, un artisan. Ces outils étaient souvent le travail de créateurs qu’il adorait. Il a été le premier à photographier Helmut Lang et McQueen et la plupart du temps il transformait ce qu’il trouvait par terre en bijoux. »
Paul Flynn, journaliste anglais

 

Souvent décrit comme soucieux des autres, attentionné avec un humour parfois scabreux il avait récemment déclaré « qu’après des années d’agitation, de drogues et d’expériences en tout genre, je pense que la chose la plus radicale à faire aujourd’hui est de prendre soin de vous et des autres ».