Cette saison, la mode parisienne c’était un peu comme la carrière de Lindsay Lohan.

Paris –  Mars 2018, les défilés achevés, vient le temps des conseils avisés. Pour pallier la peur de la faute de goût, gare à la marée des articles compil de »tendances ».

Débités comme une chanson à deux couplets des années 2000 par les journalistes mode, les mots streetwear et retour des classiques bourgeois se rejoignent sur un thème binaire.

Une mode dont les observateurs ne comprennent plus le tempo : imprimés tartans, foulards, mix des textures, surdose de couches de vêtements, percée criarde de jaunes et oranges au milieu des tailleurs noirs… Comprendre la structure des tendances parisiennes c’est comme revenir sur la carrière de Lindsay Lohan. Une gamme de rôles bigarrés.

Les robes des premiers rôles qu’on enfile avec un sentiment de nostalgie, ces robes romantiques pleines de paillettes et d’orgenza (Koché.) Puis Lolita malgré « soi » : chute dans les micros-robes rebrodées de sequins Saint Laurent avant de vivre un Freaky Friday , prémisse d’un réel pétage de plomb. Rehab, bracelets électroniques, soirées, films inachevés, tient encore une soirée, retraite à Ibiza puis enfilage d’escarpins après la rédemption en Inde. Traduction : passer du défilé Martin Margiela plein de promesses à la présentation Escada, retrouver un brin d’air chez Jarel Zhang.  Puis combiner les styles chez Y/project ou Sacai pour oublier que l’on vient d’essuyer les plâtres dans le mauvais film Lanvin. Un acte qui propulse au sommet et permet de devenir la femme Chloé, bourgeoise et libérée- ou la femme Jitrois déguisée en femme Hermès.

 

 

La robe en satin revisitée chez Max Mara – © Max Mara

En Octobre 2016 , Lohan porte le voile, parle avec un accent européen et ouvre des boites de nuit à Athènes. En somme elle change de religion; adopte un accent élitiste et reste jeune et « fresh » en ouvrant des boites de nuit.

 

 

Lindsay Lohan en hijab

 

© Marine Serre Automne-Hiver 2018

Le bourgeois holographique: une Freaky apparition ?

Les looks argentés holographiques futuristes : soit une vision passée du futur. C’est un peu comme Lindsay Lohan qui inaugure une boite de nuit à Athènes en 2018. C’est un peu comme prendre un tailleur pour singer sa mère (alors que votre mère est incarnée par Jaimie Lee Curtis, aime le rock et les biker). C’est un peu comme les préjugés provoqués par les écarts générationnels : les futurs de certains ne sont les jamais ceux des autres (on attend encore les voitures volantes des années 2000 : nous sommes en 2018).

Cette saison la jeunesse s’imagine dans des robes et trenchs en plastique chez Margiela ou Balmain. Finalement un fantasme du jeunisme qui répond à l’imaginaire d’une classe qui a aujourd’hui plus de 40 ans, une classe qui a le pouvoir d’achat.

La montée des looks bourgeois en fourrure et tailleurs imprimés tartan n’a donc rien de contradictoire. Ces looks sont la continuité d’un récit dans lequel le temps passe et où la solution est de tenter de le figer. En petite robe noir ou en look punk dans Freaky Friday, Lohan devient le corps de différents stéréotypes sur la jeunesse.

© Christian Dior AH18
Lindsay Lohan dans Freaky Friday

Disney fait d’elle une girl next door, un brin subversive, toujours ramenée dans le droit chemin. Soit une fille sexy mais pas sexuelle pour une classe moyenne politiquement correcte.

Une fille en quête de rébellion ? Un piercing au nombril, dans Freaky Friday, l’actrice donne l’une des meilleures performances des idées reçues des filles sur leurs mères. Recouvrir un piercing au nombril d’un petit pull marine devient un acte de conditionnement des élans sexuels de l’époque. En 2018, les millenials déplacent les tabous sexuels : ils seront rhabillés à grands coups de colliers de perles, ou conditionnés dans du plastique. Domestiquer la jeunesse, maîtriser l’esthétique du futur et les expressions de la sexualité : un privilège générationnel, un privilège de classe ?

Les rebelles d’Ambush – © Ambush AH18

 

J’aime les filles : mais seulement dans mon tailleur.

Si la femme bourgeoise s’affiche pleinement cette saison, affirmant ouvertement son droit de séduire en fourrure et blouse de soie, c’est sous une couche de vêtements en partie empruntés à la garde-robe prolétaire que la femme Balenciaga se protège d’une sexualité débridée. Le mot « armour » est évoqué dans la presse. Il faudrait prémunir les jeunes des classes moyennes, incapables d’exprimer leurs désirs sans être vulgaire ? Les bourgeois seraient-ils les seuls aptes à vivre pleinement leur sexualité et à réclamer le droit au désir ?

Retour à Lindsay Lohan : en 2007  l’actrice efface son image Disney à coup de « films indépendants ». Elle se coupe de son public et décide de définitivement rompre avec le côté « petite fiancée de l’Amérique » en s’affichant avec la DJ Samantha Ronson. Fallait-il partir de Disney et  embrasser une culture arty pour devenir lesbienne ? Une sexualité qui ne la coupe pas de son statut de sex-symbol féminin d’un point de vue masculin.

Eminem la prie avec un « come back to see men » faisant d’elle la lesbienne la plus demandée par les hétéros américains. Lohan fait la couverture de Playboy, conserve son look dit « féminin » en slim et leggings par opposition aux pantalons large de Ronson qui symbolisent la butch.

En 2018, dans le contexte « me too »   Louis Vuitton présente « la femme française », soit celle qui a le privilège de plaire (aux hommes et aux femmes) sans devoir ressembler à un homme. En 2007 Lohan était un peu « cette femme française ». Le revers : être en couverture, sans interruption, des tabloïds. Des couches de couvertures qui ne protègent pas, au contraire. Lohan multiplie les frasques et passe par la casse prison. Un électrochoc dans l’Amérique « moyenne » qui consomme TMZ et fait de Lindsay l’anti-modèle. Les filles seront donc couvertes par des millions de couches de vêtements, sinon elles finiront comme Lohan.

© Louis Vuitton AH18

 

Lindsay Lohan en 2007

Définir la sexualité, la classe sociale et les acteurs d’un récit futur qui pourra embrasser le droit de séduire : une piste pour comprendre la coexistance des diverses tendances de la fashion week. Quant aux désirs de Lohan, définits par Disney, ses parents, le cinéma indépendant les tabloïds et aujourd’hui le Qatar.. .On espère que la rousse s’y retrouvera dans sa Hollyood story.