Qu’est devenu Paco Rabanne ?  Le couturier légendaire des sixties est bel et bien vivant !

Même si désormais si c’est Julien Dossena qui est le directeur artistique de la maison. En février dernier, il présentait à Paris sa version « moderne » des grands classiques qui ont forgé le succès de Paco Rabanne : couleurs métalliques, utilisation de disques et de sequins. L’inspiration : « une photo de Paco Rabanne, marteau et burin dans la main en train de marteler des morceaux d’acier pour en faire une sensuelle robe cocktail ».

Les photos figent des temps qui servent à forger des légendes fantasmées. Elle ne disent rien des espaces entre le présent et le passé : trou noir dans lequel une partie de Paco Rabanne semble avoir était aspirée. Retrait volontaire ou retrait forcé ?

paco rabanne
Paco Rabanne dans son atelier

En 1999 Paco Rabanne se retire de la scène publique. Le couturier se transformait en prophète galactique. Selon lui, le 11 août 1999 devait signer la chute de la station Mir sur terre. Au même moment, sur la terre des conquistador et des stars, Brad Pitt termine le tournage de Fight Club. Son corps mute, tout comme sa carrière. Après 7 ans au Tibet, les étoiles se sont alignées. Hasard ? Alors que Paco Rabanne sculpteur de matériaux disparaît, Pitt sculpteur de rôles est plus bankable que jamais. Rabanne a déjà eu des vies antérieurs (notamment fille de joie ) : aujourd’hui c’est lui le plus grand acteur hollywoodien ?

Paco Rabanne et la destruction de Paris chez Ardisson en 99

La femme Paco Rabanne par Julien Dosssa / © Paco Rabanne – PUIG

Gravé dans le savon

À la fin des années 90, Paco Rabanne est accolé a un nouveau rôle médiatique : celui de l’invité excentrique des plateaux télés.  Après avoir exposé sa rencontre avec Dieu et révélé sa responsabilité en ce qui concerne la mort de Toutankhamon, le couturier est mis à l’index et perd son titre de « précurseur ». Les débordements de Paco Rabanne donnent à Ruquier et Ardisson un audimat record. Créateur risible, il décrit la mode comme milieu  » frivole, déjanté « . Le discours de la démence : un discours qui permet d’exclure. L’hystérie a permis d’indexer les femmes: la figure de la Sissi sera le châtiment des hommes qui évoluent dans la mode.

Les sages images en noir et blanc de Paco Rabanne, sculptant dans son atelier, ne suffisent plus à le sauver. Il devient persona non grata. Au même moment à Los Angeles, Brad Pitt se métamorphose en Tyler Durden. Un vendeur de savon, miroir sarcastique d’une société qui a perdu le contact avec l’imaginaire, le fantasme. Salon Ikéa, tape dans le dos entres collègues de bureau : une vie prévisible où Brad Pitt se joue des injonctions à la beauté des femmes huppées. Son personnage récupère les graisses issues des corps liposucés qui veulent se fondre dans le moule made in Hollyood . Il en fait des savons, comme s’il voulait laver cette société de sa déchéance programmée. Sans doute Brad Pitt aurait-il eu vent du savon médiatique subit par Paco Rabanne ?

Brad Pitt dans Rolling Stones en 1999 // © Mark Seliger via The Custom Family

Bye Bye Baby Blues : Américain Queen

Rabane sculpteur, créateur : voilà la photo qui autorise le souvenir d’un homme dont les marteaux et burins avaient fini par emprisonner. Paco Rabanne, piégé dans sa condition de couturier, dans son mythe et dans ses égéries. Encore aujourd’hui, c’est par la mélancolie de Françoise Hardy que les robes métalliques renaissent. Des douces chansons, qu’on se chante au présent : pourtant Hardy n’a plus 20 ans.

 

Francoise Hardy : où le complexe de la parisienne des sixties

 

Vogue Enfants Mars 2018, Alya jeune mannequin de 12 ans supposée incarner la parisienne © Vogue / Condé Nast

Dans son dernier supplément enfant, Vogue Paris fait référence à la chanteuse : comme une tentative de figer le temps. Comme une tentative de figer le corps féminin. Stop au vieillissement : le corps « de la parisienne » est un corps de gamine de 12 ans. Dérangeant ? Interdiction au vieillissement, pire interdiction de montrer les signes d’un corps sexué. Des « tendances parisiennes » auxquelles Rabanne à dit « bye bye » en incorporant la peau de Brad Pitt. Loin du rêve excluant de la parisienne, Rabanne rejoint le mouvement de l’empowerment. Ses robes argentées sont celles des super-girls.

Julien Dossena évoque une photo de Rabanne créateur/scultpteur, qui crierait au secours si elle pouvait parler. Paco Rabanne ne peut mener sa quête de spiritualité sans passer pour un arriéré, alors il part. Un voyage initiatique dans la peau de Pitt où il décompose les anciens mythes de la fille des sixties ou de la Sissi. Dans les pages de Rolling Stones, Brad Pitt porte des sequins tout en restant masculin, les biceps saillants. Il n’est ni en transition, ni une fillette : juste un homme en robe. Sans contrefaçons.