Elle vient d’être baptisé la première supermodèle digitale par le magazine WWD. Shudu Gram avait déclenché l’hystérie sur les réseaux sociaux il y a quelques mois, après le repost Instagram de l’une de ses photos par Rihanna. Le problème ? Shudu n’est pas réelle.

Il va falloir composer avec elles maintenant. Les influenceuses virtuelles, robots ou simples images de synthèses, viennent rivaliser avec les influenceuses réelles. Shudu s’est faite repérée en février dernier sur le compte Instagram de Fenty Beauty après avoir posté une photo d’elle maquillée avec l’un des rouges à lèvres phares de la marque lancée par Rihanna. Le monde s’interroge sur la mystérieuse sud-africaine et la presse ne tarde pas a révéler la supercherie.

Shudu Gram est une création du photographe et artiste numérique londonien Cameron-James Wilson.  Impressionnante de réalisme, son personnage fut créer en 2017 à l’aide du logiciel Daz 3-D et faisait partie des nombreuses créations de l’artistes (qui comprenaient entre autres des planètes et des aliens).

Elle débarque dans la galaxie Instagram en Avril de cette année et cumule aujourd’hui plus de 123 000 followers. Elle n’est pas un robot ni une intelligence artificielle, simplement une image de synthèse. Une image qui semble plaire au magazine WWD puisque ce dernier publie aujourd’hui le premier éditorial mode réalisée avec une mannequin de synthèse. Cette série mode la montre simplement dans le désert, posant avec des robes elles aussi très réalistes.

© Shudu Gram par Cameron-James pour WWD

Un précédent chez Louis Vuitton

La maison de luxe française avait déjà tenté le coup en 2016 en incluant un personnage de jeux-vidéos dans sa campagne printemps-été. Une réalisation que saluait la presse, le phénomène étant marginal. Depuis d’autres « avatars » ont sont apparues, comme Lil Miquela sur Highsnobiety ou encore Bermuda et Sophia. Cette dernière à le mérite d’être un robot  doté d’une intelligence artificielle et maintenant citoyenne du royaume d’Arabie Saoudite. Une drôlerie qui n’est pas sans rappeler la série Westworld, mais de là à ce que la fiction rattrape la réalité, il n’y a qu’un pas.

Un message d’espoir ou un mauvais épisode de Black Mirror ?

Cameron James-Williams, le créateur de Shudu, voit en elle un vrai message d’espoir. « Elle amène sur la table beaucoup de sujets et de débats à propos de la représentation, même si c’est de manière critique. Je veux qu’elle soutienne les économies en développement… Sur la diversité aussi, il est important de ne pas seulement se concentrer sur ce que l’on voit, il faut que l’on se concentre sur le fait d’apporter de la diversité aux directeurs artistiques, aux créateurs (…) c’est ce que je veux voir : un gros changement ».

© Cameron James-Williams pour WWD

Seulement voilà, derrière se but louable, beaucoup de followers de Shudu se questionnent. Pourquoi ne pas simplement mettre en avant une vraie mannequin de couleur ? Autre problématique soulevée par certains détraqueurs  : si les marques se mettent à utiliser des mannequins virtuelles, ne vont-elle pas prendre le travail de vraies mannequins ?

Des problématiques que balaie d’un revers le créateur, affirmant « qu’une mannequin ne sera peut-être pas employée, ok, mais si ça marche peut être que 50 autres personnes seront recrutées pour fabriquer ces mannequins virtuelles ! Vous devez être sacrément chanceuse pour être mannequin. Vous devez être née jolie et génétiquement belle dans tous les sens, presque parfaite. »

Une réponse peut-être un peu douteuse quand on sait que les critères traditionnels de beauté volent en éclat depuis quelques années.

Mais avant de se demander si ce type d’initiative, véritable ode à la perfection, ne serait pas un frein à l’évolution des mentalités dans la mode, comment ne pas imaginer un monde qui ressemblerait à un mauvais épisode de Black Mirror ?

Une hypothèse qui n’effraie pas WWD, ces derniers évoquant même un futur où « nous pourrions avoir nos propres homologues digitaux. Les mannequins pourraient envoyer une version 3D d’elle-même qui travaillerait à leur place et elles n’auraient même pas à sortir de leurs lits. Les créateurs pourraient même faire des défilés entièrement digitaux. Les clients pourraient se connecter sur leurs sites préférés et laisser leurs avatars essayer les habits pour eux« .

Rassurant.